Il y a des carrières qui épousent l’histoire économique d’un pays au point de se confondre avec elle. Celle d’Henri-Claude Oyima, né le 4 décembre 1956 à Franceville, en est l’exemple le plus abouti au Gabon. Formé aux États-Unis, à l’American University de Washington, où il obtient un master orienté vers la banque de développement, il fait ses premières armes chez Citibank, à New York en 1982 puis à Libreville en 1983, avant de rejoindre Paribas Gabon la même année comme directeur général adjoint.

La bascule intervient le 25 juin 1985 : à vingt-neuf ans, il devient directeur général de l’établissement, premier cadre gabonais à ce poste, puis administrateur directeur général en 1986. Ce qui suit relève moins de la gestion que de la refondation. Lorsque la maison-mère française décide de se retirer du marché local, Oyima orchestre la reprise et rebaptise l’institution Banque gabonaise et française internationale en 1996. La suite est une démonstration de stratégie longue : création de BGFI International à Paris en 2007, extension d’agrément en 2015 pour couvrir l’ensemble du continent, présidence exécutive du groupe consolidée en 2012.

Sa trajectoire révèle une conviction rare dans un environnement dominé par la rente pétrolière : celle que le secteur bancaire pouvait être un instrument de souveraineté, et non un simple auxiliaire de l’État. Le groupe qu’il dirige est aujourd’hui présent dans onze pays africains ainsi qu’en France. Son influence déborde largement l’entreprise. Il a présidé le conseil d’administration de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale à partir du 4 juillet 2019, pris la tête de la fédération patronale gabonaise en août 2022, et occupé le portefeuille de l’Économie et des Finances du 5 mai 2025 au 1er janvier 2026. Cette parenthèse gouvernementale, brève, éclaire une tension propre aux grands patrons africains : celle du passage du pouvoir économique au pouvoir politique, et de la difficulté à cumuler les deux durablement. Sa sortie du gouvernement le ramène à ce qu’il n’a jamais vraiment quitté, la conduite d’un groupe qui reste sa plus grande œuvre.

Mérimé Wilson