Le parcours de Léod-Paul Batolo répond à une question que se pose toute économie extractive dépendante de groupes étrangers : un national peut-il diriger le fleuron industriel du pays sur ses seules compétences techniques. Sa réponse tient en une trajectoire entièrement gravie de l’intérieur.
Docteur en mécanique des fluides et énergétique, diplômé de l’Université du Québec à Trois-Rivières et formé à l’École polytechnique de Masuku, il intègre la Compagnie minière de l’Ogooué en mars 1997 comme ingénieur projet à la direction des mines. De 1997 à 2000, il travaille sur l’augmentation de capacité des installations fixes de la mine, avant une longue séquence d’expatriation au sein du groupe Eramet, à Trappes, à Boulogne-sur-Mer, puis en Nouvelle-Calédonie, où il pilote des chantiers industriels lourds comme la réfection d’un four électrique de ferronickel. Cette décennie hors du Gabon constitue le cœur analytique de son profil : elle transforme un ingénieur national en cadre de dimension internationale, aguerri aux standards du groupe.
De retour au pays en novembre 2008, il gère les investissements et les grands travaux des sites de production, avant d’être nommé directeur du Complexe industriel de Moanda en août 2011, poste où il obtient des gains de production remarqués. Directeur général adjoint en avril 2016, il accède à la fonction d’administrateur directeur général par décision du 5 décembre 2018, effective le 1er janvier 2019, succédant à Hervé Montegu. Sa nomination porte une charge symbolique forte dans un pays qui détient une part minoritaire au capital de la compagnie : elle place un Gabonais, monté par le mérite technique, à la tête de la première entreprise nationale par le chiffre d’affaires. Sa trajectoire incarne un modèle de réussite fondé sur l’expertise plutôt que sur le réseau, dans un secteur où les deux logiques cohabitent souvent.
Mérimé Wilson


